La Cordulie à corps fin

Rédaction : Régis Krieg-Jacquier, GRPLS.
 

Un air de sud sur nos lacs…

Avec le mois de mai, le lac du Bourget prend ses airs d’été. Plus de monde sur ses rives aussi, et la perspective d’y rencontrer des espèces qui nous semblent venues d’ailleurs, plus loin vers le sud…

Le lac du Bourget est bien connu pour son microclimat qui permet à une flore thermophile de s’épanouir sur ses rives comme palmiers, oliviers… Je vous invite à faire connaissance avec la cordulie à corps fin, une libellule que l’on rencontre en abondance dans le sud de la France… mais pas seulement… Le lac du Bourget, donc, celui d’Aiguebelette, leurs petits frères les lacs de Saint-André et de Sainte-Hélène, notre voisin haut-savoyard à Annecy abritent cette espèce…

   

Cordulie à corps fin, à ventre aigu ou encore de Curtis, Oxygastre à corps fin… il reste encore à choisir son nom français et d’ailleurs peu importe : c’est de Oxygastra curtisii (Dale 1834) qu’il s’agit. C’est un anisoptère, donc une de ces Libellules vraies qui se reposent les ailes écartées et se différencient ainsi des zygoptères ou demoiselles qui préfèrent garder les ailes jointes le long du corps.

Appartenant à un genre monospécifique, Oxygastra curtisii (Dale, 1834) est l’une des libellules les plus remarquables de la région Rhône-Alpes. Protégée sur le territoire national, cette espèce rare, localisée et vulnérable est un endémique du sud-ouest du Paléarctique occidental, à répartition essentiellement ibéro-atlantique. Les populations de la région Rhône-Alpes sont également très localisées et rares au nord, mais elles sont bien représentées dans le sud, essentiellement dans le département de l’Ardèche et aux abords du Rhône dans la Drôme. Les mentions de l’espèce dans le nord de la région concernent surtout les lacs préalpins : les lacs du Bourget et d’Annecy abritent des populations pérennes. Quelques individus ont été observés avec plus ou moins de régularité sur le lac de Sainte Hélène. Enfin, en 2010, j’ai pu observer avec B. Bricault plusieurs émergences de l’espèce le 27 mai sur le lac de Saint André où elle était connue depuis 1987, mais aussi sur le lac d’Aiguebelette où sa présence était suspectée de puis déjà longtemps. Néanmoins de très belles populations sont étudiées depuis 2008 dans le département voisin de l’Ain.

Morphologie et anatomie

La Cordulie à corps fin est une espèce de taille moyenne, d’environ 50 mm de longueur et d’une envergure d’un peu moins de 80 mm. Comme les autres membres de sa famille, les Cordulidés, cette espèce arbore une livrée vert métallique, mais se signale par une série de taches jaunes courant sur le dessus de l’abdomen ainsi que par ses yeux d’un beau vert brillant. La base des ailes est safranée, et de près, on remarque que son abdomen est très étroit, comme un ruban chez le mâle.

   

Comportement

Ce n’est qu’après le 15 mai que vous aurez quelque chance de rencontrer cette belle espèce sur les rivages de nos lacs, au moment de l’émergence. La larve qui aura passé 2 ou 3 ans dans les débris végétaux nichés entre les racines immergées de la végétation riveraine choisira alors un support, pierre, digue, arbre, herbe pour laisser sa combinaison d’animal aquatique (l’exuvie) et entamer son premier vol d’imago… Rapidement, l’insecte ira rechercher une pente ensoleillée pour achever sa maturation pendant une quinzaine de jours. Il se repaîtra alors de divers insectes, prédateur infatigable, rapide et agile. Ensuite, viendra le temps du retour vers les rives du lac où vous aurez peut-être la chance d’observer un mâle sur son territoire, parcourant inlassablement 5 à 15 m de linéaire et en le défendant de l’intrusion de tout intrus ! Il recherche une femelle avec laquelle il s’accouplera dans les branches des arbres de la rive…

Peut verrez-vous une de ces femelles, justement, se déplacer rapidement au-dessus de l’eau et pondre furtivement en touchant à plus reprise la surface liquide avec l’extrémité de son abdomen.

Les œufs descendront vers le fond de l’eau où ils mettront de deux à dix semaines pour éclore. La larve qui en sortira subira plusieurs mues. Embusquée dans les débris végétaux, elle chassera tout animal qui passera à la merci de son masque, cet étrange appareil buccal des larves de libellules qui n’est autre que la lèvre inférieure modifiée et transformée en un bras armé de crocs acérés.

Quant à l’imago, comme la plupart des libellules, sa vie aérienne sera brève et il n’y plus guère de chance de trouver un individu vivant après la fin d’août.

Le temps des libellules ?

Oxygastra curtisii n’est pas une de nos libellules les plus précoces et bien d’autres espèces auront déjà commencé leur ballet sur les eaux de nos lacs quand ces belles émeraudes niellées d’or prendront leur envol. Dès la fin de mars, les plus précoces de nos odonates seront déjà sortis des eaux, pour peu que celles-ci se réchauffent vite sous le soleil printanier, comme dans les étangs ou dans les mares peu profondes… Parmi ces espèces, peut-être croiserez-vous la Cordulie bronzée, Cordulia aenea, une cousine de notre Oxygastre, mais dont le corps vert chez les immatures se teinte assez vite de tons cuivrés. Elle parcourt inlassablement les rives de nos étangs, inspectant chaque anse minuscule entre les touffes de joncs, comme un petit modèle réduit métallique alternant le surplace et les démarrages foudroyants…

 
 

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