Le Gypaète barbu

Extrait : Découvrir le patrimoine naturel de Termignon-la-Vanoise, PNV, p151, 2006.
 

Appelé aussi "casseur d'os", le gypaète barbu (Gypaetus barbatus) est un vautour qui se distingue par la singularité de son régime alimentaire constitué essentiellement d'os. Les ailes larges et pointues et la queue cunéiforme de ce grand rapace le rendent facilement identifiable. Jusqu'en 1850, le gypaète barbu était partout présent dans les Alpes, du lac Léman à la mer Méditerranée, puis son aire de répartition dans ce massif s'est fragmentée, jusqu'à l'extinction complète dans les années 1920. La Maurienne fait partie des derniers bastions occupés par l'espèce (1910). Grâce à un programme international de réintroduction dans les Alpes mené depuis 1985, le gypaète occupe à nouveau certains massifs comme la Vanoise.

Écologie

Le gypaète barbu recherche les régions de montagnes abruptes, composées de grandes falaises, d’éboulis, de hauts plateaux et de pelouses. Très sédentaire, ce grand rapace quitte son territoire d'une manière exceptionnelle, surtout lorsqu'il manque de nourriture. Il se nourrit à 80 % d'os et de ligaments prélevés le plus souvent sur les cadavres d’ongulés (chamois, bouquetins, moutons, etc.). Il complète cette alimentation par de la moelle osseuse. A la recherche de carcasses, l'animal survole son territoire chaque jour aux mêmes heures. Le couple peut construire plusieurs nids volumineux dans des cavités des parois rocheuses, à l'abri des intempéries, le plus souvent entre 1500 et 1800 mètres d'altitude. La période de reproduction s'étale de novembre à juillet. La femelle couve en hiver !

Intérêts biologiques et valeurs d'usage

Le gypaète barbu est un oiseau nicheur sédentaire encore rare dans les Alpes. Comme tous les vautours, en éliminant les cadavres, le gypaète joue un rôle essentiel dans le recyclage de la matière organique.

L’espèce est présente dans les Alpes, les Pyrénées et l'Afrique du Nord. Plus à l'est, il occupe certaines régions du Moyen Orient et de l'Asie où il atteint la Chine. En Vanoise, les premières observations datent de 1989. En 2006, le massif accueille trois couples reproducteurs ainsi qu'une vingtaine d'oiseaux erratiques. Deux couples se reproduisent depuis 2002, l'un à Val d’Isère, l'autre à Termignon. Sur cette dernière commune, la première naissance a eu lieu dans les gorges du Doron. Le jeune gypaète, nommé Arpont, et le jeune gypaète de Val d'Isère, sont les premiers nés sur le territoire savoyard, après un siècle d'interruption ! En 2003, un troisième couple s’est installé dans les vallées de Peisey-Nancroix.

Menaces

Comme tous les charognards, le gypaète a  longtemps été considéré comme un oiseau effrayant et de '"mauvais augure". Sa disparition fut surtout le résultat de destructions systématiques avant qu'il ne soit protégé en 1981. Aujourd’hui, les collisions avec les câbles de remontées mécaniques et les lignes électriques, ainsi que le braconnage, représentent les causes principales de mortalité de l’oiseau. Le dérangement des sites de nidification (vol libre, escalade, photographie animalière, etc.) peut gravement compromettre la reproduction de ce rapace.

Protection et propositions de gestion

Le gypaète est une espèce protégée en France et figure sur la liste nationale des oiseaux menacés. Sa destruction est interdite. Il est inscrit à l’annexe I de la directive Oiseaux. La conservation de ses habitats* est prioritaire pour la communauté européenne. Son retour dans les Alpes est le résultat d’un programme international, auquel le Parc national de la Vanoise participe. Des gypaètes sont élevés dans plusieurs centres d’élevage et zoos, puis des jeunes sont marquées et lâchés sur quatre secteurs de l’arc alpin. Enfin, un suivi rigoureux des oiseaux permet d’évaluer les résultats. La reproduction naturelle et le développement d’une population autonome sont la finalité de ce programme.

Pour éviter des collisions mortelles, il est important de rendre visible les câbles reconnus comme dangereux, particulièrement dans les zones de reproduction. Ainsi, sur Termignon, des câbles de remontées mécaniques ont été équipés de matériel de visualisation. Dans un même objectif, la ligne électrique EDF d’Entre-deux-Eaux a aussi été équipée et une autre ligne EDF a été supprimée. Un arrêté ministériel interdit la photographie dans les environs des nids de gypaète du 1er octobre au 31 août.

Le saviez-vous ?

  • Le gypaète barbu est l'un des 4 vautours que l'on peut observer en France. Les 3 autres sont le vautour moine, le vautour fauve et le vautour percnoptère
  • Le gypaète barbu tient son nom de plumes naissant à la base des mandibules,et d'autres partant des joues. Ces plumes forment une « barbiche » noire.
  • Les plumes du cou, de la poitrine et du ventre prennent une coloration ocre suite aux bains de boue rougeâtre (enrichie en oxyde de fer) effectués seulement par l'oiseau adulte.
  • Le gypaète a un large gosier (jusqu'à 7 cm) qui lui permet d'ingurgiter des os entiers mesurant jusqu'à 25 cm de longueur et 3,5 cm de diamètre, tandis que les gros os sont préalablement brisés (lâchés par l’oiseau sur une hauteur de 50 à 100 mètres). Ces os sont dissous par de puissants sucs digestifs.
  • La langue de l'oiseau est rigide, en forme d'aiguille, avec une callosité à l'extrémité. Une telle modification permet l'extraction de la moelle osseuse.

Où se trouve-cette espèce en Savoie ?

 

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